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Ces écoles qui forment l’élite de demain

Jean-Paul Lespagnard, Anne Demeulemeester, Raf Simons, Olivier Theyskens,… Ces noms ne vous disent peut-être rien. Ce sont tous des belges qui ont réussi. Les deux premiers sont des célébrités à l’étranger et ne comptent plus les fashion weeks auxquelles ils ont participé. Les seconds ont travaillé pour des maisons prestigieuses comme Dior ou Nina Ricci. Nombreux sont les stylistes belges peu connus chez nous et glorifiés à l’étranger. Pour en arriver là, chacun a son propre parcours: formation en 5, 4 ou 3 ans, de type court ou long, cours du soir ou Académie des Arts, de nombreuses pistes amènent au monde du glamour et des paillettes.

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©Caroline André

En Belgique, les deux écoles de stylisme les plus réputées sont la Cambre Mode à Bruxelles et l’Académie Royale des Beaux-Arts d’Anvers. La formation qu’elles proposent dure cinq ans. A côté, on trouve aussi de nombreuses Hautes Ecoles, chacune possédant ses spécificités et où la formation dure trois ans. Certaines sont davantage axées sur le commercial ou la technique alors que d’autres se focalisent sur un type de production comme la Haute Couture. Une autre option encore: les cours du soir.

La seule école de type long à Bruxelles est la Cambre. Elle est très prisée et effectue un premier tri dans ses élèves grâce à un examen d’entrée, inexistant en Haute Ecole. Il est assez redouté car la barre est placée haute. Sur 150 candidats qui s’y présentent, seuls 20 sont sélectionnés. Il est d’ailleurs conseillé d’effectuer une année préparatoire ou d’étudier à l’étranger avant d’entamer ces études. Ainsi, Gioia Seghers, jeune styliste issue de la Cambre explique: « Je suis partie étudier le design textile pendant un an à Madrid. Quand je suis rentrée, j’ai passé l’examen d’entrée. Cela dure une semaine et c’est assez stressant ! Si j’avais raté, j’aurais réessayé l’année suivante car je voulais vraiment entrer dans cette école ». La force de la Cambre Mode est sa réputation en Belgique et à l’étranger. Elle est classée dans le top mondial des meilleures écoles de mode. Une fois l’examen d’entrée réussi, cinq années de dur labeur s’ouvrent à l’étudiant. L’école met l’accent sur de nombreux aspects dont la débrouillardise: l’étudiant recherche lui-même ses sponsors, mannequins et couturières à qui déléguer. Une seule ombre au tableau selon Gioia Seghers: on n’y aborde pas l’aspect marketing et communicationnel, très utiles pour se lancer comme indépendant.

Quelle est dès lors la différence entre la formation de type long et de type court ? Tony Delcampe, le directeur de la Cambre Mode explique: « Notre objectif est d’aller le plus haut dans la mode au niveau des maisons. Les autres écoles sont peut-être plus locales et moins ambitieuses. Les étudiants y sont davantage formés à entrer dans de grandes enseignes et marques plutôt que dans des maisons de créateurs ». « Nous, nous avons les pieds sur terre », réplique Céline Ververs, directrice de la section Arts Appliqués de la Haute Ecole Francisco Ferrer à Bruxelles (HEFF). « La Cambre travaille des concepts, des visuels artistiques. Il y a le monde du spectacle et puis le monde de l’entreprise », continue-t-elle. Cet ancrage dans la vie réelle et le concret est apprécié des étudiants. Chloé Feron, étudiante en dernière année explique: « On nous forme à vendre nos produits et vivre de nos créations. Il faut que ce soit vendable, portable,… C’est ce qui m’a plu dans cette école et même si ces trois années ont été intenses, je ne regrette pas ».

Campaign Spring / Summer 2015 ° Floating into the night ° ,Gioia Seghers © Lee Wei Swee

Un style propre, son propre style

L’HEFF se spécialise plutôt dans le prêt-à-porter haut de gamme. Durant trois ans, les élèves vont être formés à la fois au stylisme et au modélisme. Le styliste dessine dessine la mise à plat, un dessin technique du vêtement qui permet au modéliste de le comprendre et d’en réaliser le patronage et la toile 3D. La formation est axée sur les vêtements et accessoires féminins. Des cahiers de tendances sont distribués aux étudiants en début d’année et doivent être respectés. Pas question pour autant que l’impératif commercial n’écrase la créativité: chacun doit avoir son propre style. « Tout ce qui va sortir doit pouvoir être portable, avec un côté excentrique parce qu’il faut bien qu’il y ait de la nouveauté », explique Céline Ververs. Jean-Louis Baquet, professeur de patronage à l’HEFF défend aussi l’individualité de chacun: « On ne veut absolument pas qu’ils aient une touche propre à notre école quand ils sortent d’ici. La première chose que les entreprises viennent chercher, ce sont des gens compétents mais dont le style reste propre. On laisse évoluer nos étudiants à travers leur propre style. Pour le corps enseignant, cela implique de fonctionner au cas par cas, de personnaliser les entretiens, d’avoir une approche bien différente et c’est pour cela que dès qu’on atteint une quantité importante d’étudiants, cela devient difficile ».

Une histoire de passion

A la Cambre Mode, le nombre d’étudiants diminue grandement avec les années: « Pour 20 élèves sélectionnés lors de l’examen d’entrée, il en reste 2 à 6 en cinquième année », raconte Tony Delcampe. A l’HEFF aussi, on assiste à une sélection naturelle: « Pour 150 étudiants en première année, il en reste environ une quarantaine en dernière année. Ce sont des études très exigeantes pour lesquelles il faut avant tout être passionné », explique Céline Ververs. La passion, c’est aussi ce qui a permis à Assia Kara d’aller jusqu’au bout de ses projets. Son parcours est un peu différent: elle a effectué ses études en cours du soir à Château Massart à Liège. La formation a également été pour elle assez intense: « On ne s’attend pas à cela. Ce sont des cours du soir qui débordent sur toute votre vie. Cela prend beaucoup de temps et il faut y être préparé. J’ai vu beaucoup de personnes abandonner mais aussi beaucoup d’autres persévérer et travailler d’arrache-pied. Ces études sont difficiles mais permettent aux passionnés d’aller loin ».

Un coût certain

Le coût est aussi une question épineuse qui en démotivera plus d’un. Dans les écoles privées telles que l’Atelier Lannaux à Bruxelles, le minerval s’élève à plus de 6000€. Si les droits d’inscriptions de 400€ environ pour les écoles publiques restent raisonnables, comptez dès lors 2000 à 3000€ pour une année d’étude. Les fournitures scolaires ont un certain coût: le tissu mais aussi les outils, l’aquarelle et le papier. Pour une collection de fin d’année, il en coûtera de 5000 à 10.000€. Les frais de couturières ne sont pas des moindres: à la Cambre Mode comme à l’HEFF, on apprend à déléguer car il est impossible de coudre une collection entière seul. Par contre, l’HELMO Mode à Liège est davantage axée sur la technique et insiste sur la maîtrise de la couture pour ses élèves. Il est à noter que le minerval est doublement plus élevé dans les écoles publiques pour les ressortissants étrangers.

Quel avenir ?

« Si l’on prend dix sortants, un tiers poursuivra des études en marketing de la mode ou en langues, un autre tiers travaillera directement dans les entreprises par sécurité et le dernier tiers fera des études différentes s’il n’a pas trouvé un job immédiatement », explique Jean-Louis Baquet de l’HEFF. Les écoles de type long et de type court visent des marchés distincts: celui de la haute couture et celui du prêt-à-porter. D’après la directrice de l’HEFF, ce dernier n’est ni tout à fait ouvert, ni tout à fait fermé car environ 50% des élèves trouvent un emploi dans les six mois après la fin de leur formation. Tony Delcampe confirme: « Il y a sans doute de la place pour tout le monde, mais il faut la trouver ». Peu importe l’école, toutes s’accordent pour dire qu’il est d’abord préférable d’intégrer une marque ou une maison afin d’acquérir de l’expérience. D’autres options existent: la jeune créatrice Assia Kara a préféré compléter sa formation par un diplôme en communication afin d’être davantage autonome.

Quel que soit le parcours emprunté, il existe différentes façons de pénétrer dans le monde de la mode. Si l’enseignement est important, les contacts avec le monde professionnel le sont encore plus. Ainsi, les concours, stages, défilés de fin d’année ou autres événements permettent aux élèves de gagner de nouveaux contacts qui seront essentiels dans leur future quête d’emploi. Assia Kara s’est fait remarquer par la presse et les professionnels lors du concours “Customisez-Moi”, Gioia Seghers a participé à la Fashion Week de Paris et Chloé Cheron se prépare à entrer sur le marché de l’emploi. Elles ont toutes les trois suivi des parcours très différents: respectivement les cours du soir (IFAPME), la Cambre et la Haute Ecole Francisco Ferrer. Elles sont toutes les trois animées d’une passion qui leur a permis de gravir les échelons. Et dans quelques années, peut-être leurs noms seront-ils associés à de grandes enseignes ou maisons, belges ou étrangères.

Aurélie Urbain