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Chloé Lemarchand nous explique son métier de doula

Connaissez-vous les doulas ? Un métier malheureusement trop peu connu. Ce sont des personnes qui accompagnent les femmes, et le couple, dans la maternité. Nous avons rencontré Chloé Lemarchand, doula en Belgique, qui nous explique son métier, sa passion.

Peux-tu nous expliquer ce qu’est le métier doula, son histoire ?

A la base le mot « doula » vient du grec ancien qui veut dire servante. En Grèce, ce mot était utilisé pour des femmes esclaves qui servaient à nourrir et s’occuper des bébés une fois nés.  Par la suite, la première fois que ce mot a été utilisé dans le sens qu’on lui connait aujourd’hui, c’est-à-dire une femme au service d’une autre femme sous forme de soutien psychologique dans la maternité, c’est avec Dana Raphael qui a écrit un livre « The Tender Gift of brest feeding ». Elle y utilise ce mot dans son livre en donnant une description de la Doula comme on la connait maintenant.

Il faut savoir que, avant, quand une femme allait mettre son bébé au monde elle était entourée des femmes de son village (soeurs, grand-mères, tantes,…) qui l’accompagnaient, qui la soutenaient et qui lui transmettaient leur expérience. Une fois que bébé était né elles accompagnaient la nouvelle maman pour qu’elle puisse s’occuper au mieux de son bébé. Aujourd’hui, cette tradition s’est un peu perdue.

Le métier de doula s’est donc développé pour être une aide à la maman une fois le bébé né et, petit à petit, ça s’est étendu aussi à l’accompagnement durant la grossesse et l’accouchement. Et maintenant ça s’étend même au désir d’enfant pour certaines doulas.

Pour moi, le métier de doula c’est vraiment de l’accompagnement et de l’émotionnel mais aussi bien plus que ça. C’est apporter à la maman une écoute bienveillante, des informations, lui redonner confiance en elle… L’amener à s’écouter pour devenir la maman qu’elle souhaite être, pour avoir un accouchement aussi proche de ce qu’elle désire. Je précise quand même qu’il n’y a rien de médical dans le métier de doula. Nous ne sommes pas des sages-femmes. C’est important de faire la différence.

Quel est ton parcours, qu’est ce qui t’a donné envie de faire cette profession ?

A la base je suis institutrice maternelle. Pendant ma grossesse, j’ai trouvé qu’on manquait d’un accompagnement dans les transformations que l’on vit.

Je me suis aussi rendu compte qu’il y avait vraiment besoin de soutien et d’une présence une fois que le bébé est là. En effet, on se retrouve quand même vite seule. Le congé paternité n’est pas très long malheureusement.

La société actuelle fait que les grands-parents travaillent encore. On n’a pas le village comme on avait avant. Notre entourage n’est pas disponible comme il pouvait l’être avant. Et c’est vrai que d’avoir quelqu’un qu’on peut appeler sans avoir peur de déranger, de paraitre incompétente ou autre, je trouve ça rassurant. Parce que voilà, oui, c’est un chamboulement. Toutes les questions, les peurs, les doutes, c’est entièrement normal. Les doulas sont là pour rassurer.

J’ai été licenciée de mon boulot d’institutrice. J’avais déjà entendu parler quelques fois des doulas et je me suis dit que c’était l’occasion. J’ai sauté le pas et j’ai suivi la formation.

Forte de mon expérience de la maternité, de ce que j’ai pu sentir comme besoin, je veux reconnecter les femmes à leurs besoins et être là pour elles.

Chloé Lemarchand

Comment devient-on Doula ? Est-ce une profession protégée ?

Pour devenir doula, la voie la plus fréquente est la formation. Il en existe plusieurs sur le marché. Moi j’ai fait une formation en présentiel à Namur. Il y en a aussi en ligne. Je pense que quand on veut devenir doula c’est important d’aller voir un peu tout ce qui se propose.

Beaucoup proposent une partie théorique et puis il y a une partie stage où on doit faire des accompagnements avec un travail de réflexion, des évaluations par les parents, etc.

Suite à ça on reçoit notre certificat de doula. Mais ce n’est pas une profession protégée pour autant. Au niveau de l’état ce n’est pas un métier reconnu comme le métier d’institutrice ou de sage-femme par exemple.

Parle nous un peu plus de ce que tu proposes…

J’ai différents types d’accompagnements. Il y a l’accompagnement à la carte, mais je propose aussi des forfaits. Je commence dès le désir d’enfant. Mon approche c’est vraiment de reconnecter la femme à ses cycles. Qu’elle apprenne à observer son corps, ses changements d’humeur, etc. Pour observer le moment le plus propice pour tomber enceinte, tout en apportant une dimension de lâcher-prise, qui est aussi importante à cette étape.

Je propose aussi évidemment l’accompagnement pendant la grossesse. Là mon rôle ce sera plutôt d’informer, de soutenir, de rassurer quand il y a des doutes ou des peurs, après des échographies par exemple… La grossesse est une période déjà tellement bouleversante. On peut parfois être vite submergée par des angoisses. J’essaie alors de ramener la femme à son corps, à ce qu’elle ressent et à ses intuitions. On prépare aussi l’accouchement, ça fait partie de mon accompagnement en prénatal. Il s’agit de mettre les choses en place pour que le projet de naissance de la maman soit le plus proche de ce qu’elle souhaite, de ses besoins, etc.

Je propose également ma présence à l’accouchement. L’idée est d’être vraiment là pour la femme. De mettre une main sur son épaule dans son dos, si elle en a besoin. C’est être un relais pour son ou sa partenaire en cas de besoin.

Ensuite, j’ai un accompagnement en post-partum. Une fois que bébé est né donc. Soutien à l’allaitement ou simplement si la maman a besoin d’aller prendre une douche, qu’elle puisse le faire sans se faire trop de soucis. Pour moi en post-partum, il s’agit vraiment d’une présence car j’ose espérer qu’on aura déjà fait une grande partie du travail en prénatal (organisation, liste des personnes qui peuvent aider en cas de besoin,…)

J’ai aussi un accompagnement pour les fausses-couches. C’est un sujet qui me touche particulièrement parce que j’en ai déjà vécu quelques-unes et je trouve qu’on est très peu accompagnées… On peut vouloir trouver une oreille rassurante, qui n’a pas des réflexions que l’entourage peut avoir et qui peuvent être difficiles à vivre. Dans cet accompagnement, j’ai vraiment l’envie de ramener au corps, de ritualiser, de mettre des choses en place pour que le deuil soit accompagné. Je me spécialise plus dans les fausses-couches précoces parce que c’est ce que je connais, pour le moment en tout cas.

Finalement, en parallèle je suis aussi praticienne en massage périnatal. Donc j’accompagne les femmes par le massage, du désir d’enfant jusqu’à ce que bébé soit dans leurs bras. Mais aussi le deuil périnatal par le massage. 

Qui dirais-tu à une femme qui hésite à prendre une doula ?

Je pense déjà qu’il faut se renseigner. Lire sur le sujet. Aller voir les des différentes doulas autour d’elle, quitte à même les rencontrer chacune.

Beaucoup proposent une première rencontre gratuite, qui peut d’ailleurs aussi se faire à distance, pour voir si le feeling passe.

Pour moi une doula ça se choisit avec le cœur. Il faut quand même se dire qu’elle va passer un bon bout de temps avec nous. Elle va être là dans des moments intimes. Je pense par exemple à l’accouchement. Il faut être en confiance et se sentir à l’aise avec sa doula. Pour moi c’est un peu comme une meilleure amie sur le chemin de la maternité. On crée un lien très fort et particulier. C’est donc important d’avoir un vrai feeling, les mêmes valeurs… Et donc d’en rencontrer plusieurs.

Personnellement, mon but n’est pas de convaincre. Je suis tellement persuadée du bénéfice d’avoir une doula que c’est une question que je ne me pose même pas. 😊

Vous pouvez retrouver Chloé sur Instagram ou sur son site internet. 

Marine Dallons