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INTERVIEW: Rencontre avec les créateurs du What The Fun

INTERVIEW: Rencontre avec les créateurs du What The Fun

Photo d’entête : © Christophe Dehousse

Après plusieurs mois d’absence, confinement oblige, les spectacles du What The Fun ont repris pour notre plus grand plaisir. A cette occasion, Mode in Belgium a rencontré Rudy et Raph, les fondateurs du concept, pour en savoir plus la plateforme montante de l’humour belge.

Créées il y a 5 ans par Rudy Lejeune et Raphaël Schröder, les soirées What The Fun sont devenues incontournables dans la capitale. L’objectif? Permettre aux jeunes humoristes, amateurs ou confirmés, de monter sur scène et de faire leurs armes dans plusieurs lieux, principalement à Bruxelles. 

Vous êtes donc 2 à avoir créé le What The Fun. Comment vous êtes-vous rencontrés?

Rudy: A l’Université! On a vécu ensemble dans un kot à projets. On a tous les deux organisé l’initiation et la promotion du théâtre d’improvisation sur le site étudiant de Louvain-la-Neuve. C’est là qu’on a un peu fait nos armes en tant qu’organisateurs d’événements. Cela a très bien marché. Ensuite, chacun a continué son chemin: Raphaël a fait des études de droit et moi j’ai fait des études de physique. 

Ensuite, on a de nouveau vécu ensemble, mais cette fois à Bruxelles et c’est là que Raph revenant d’un stage à Paris où il a pu vraiment s’essayer au stand up sur une scène ouverte parisienne s’est dit qu’on ferait bien ça à Bruxelles aussi. Il m’a un peu forcé à nous inscrire à un concours au Kings of Comedy Club et ça nous a fort plu. Mais après on s’est retrouvé face à un manque total d’autres scènes pour le refaire car en ce temps là, le Kings of Comedy Club faisait très peu d’open mic. Du coup, pour ne pas devoir attendre des mois avant de refaire de la scène, on s’est dit qu’on allait juste aller dans un bar où on aurait un micro pour raconter des blagues.

Est-ce que vous avez trouvé facilement des lieux où vous produire?

Raph: Est-ce que tu connais l’histoire de Marie et Joseph dans la Bible qui cherchent un endroit où accoucher? Et bien, à nos débuts, c’était plus ou moins ça! C’est principalement moi qui me suis occupé de cette étape bizarrement. 

Rudy: Parce que c’est toi qui a l’air d’être le plus sympathique! (Rires)

Raph: Du coup, j’ai pris mon sac à dos et j’ai tout simplement fait le tour des bars pour voir si c’était possible de faire des soirées d’humour chez eux. Et la majorité d’entre eux m’ont répondu de façon très rationnelle: « mais vous êtes qui? », « c’est quoi le What The Fun? », « Vous avez un site web? Et combien de followers avez-vous sur votre page Facebook? ». Et en fait, on avait même pas de page Facebook ou quoique se soit à l’époque. Donc, évidemment, ils nous ont dit non.

Mais finalement, on est arrivé dans un bar du centre ville qui s’appelle le Café Floréo, et le gérant était justement un grand fan de stand up. Il a donc dit qu’il était d’accord pour nous accueillir pour une première date qu’on a faites avec quelques humoristes qu’on connaissait. Ca s’est très bien passé. On a donc fait d’autres dates et cela a fini par devenir régulier. Finalement, on a commencé à recevoir des requêtes d’autres établissements qui voulaient qu’on joue aussi chez eux et c’est comme ça que le concept s’est lancé petit à petit.

Combien d’humoristes composent le collectif aujourd’hui?

Rudy: Aujourd’hui, on a un groupe Facebook qui compte environ 150 artistes. Et on en a une centaine qui montent régulièrement sur scène. Quand je dis artiste, c’est au sens très large, c’est-à-dire que ça peut être des amateurs qui en sont à leur première ou deuxième scène, des gens qui font ça comme hobby et qui viennent une fois tous les 3 à 6 mois mais aussi des professionnels ou des artistes montants.

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Comment faut-il faire quand on est humoriste amateur et que l’on souhaite se produire au What The Fun?

Rudy: Il n’y a pas de casting au What The Fun. Raph et moi, on considère qu’on a pas l’expérience artistique nécessaire pour juger des gens. Pour nous, le stand up ça se juge sur le moment, c’est le public qui décide si tu es drôle ou non. Quand on a commencé, on disait donc aux artistes que pour monter sur scène avec nous, ils devaient faire leurs preuves et on leur accordait 6 minutes devant un public. Et ce, peu importe le background de la personne. 

Mais aujourd’hui, on est un peu victimes de notre succès car beaucoup veulent essayer de monter sur scène donc la liste d’attente devient longue. On a beau faire une douzaine ou quinzaine de dates par mois, ça reste peu pour des humoristes qui veulent monter régulièrement. Donc, la meilleure manière d’entrer dans le collectif c’est de venir nous rencontrer mais c’est aussi de participer à d’autres scènes car si un humoriste de chez nous nous dit qu’il a déjà vu quelqu’un se produire ailleurs et que c’était bien, forcément on va avoir plus facile à le placer sur scène que quelqu’un qu’on ne connaît pas malheureusement. Quand on a commencé, on voulait donner sa chance à tout le monde mais aujourd’hui, on est un peu coincé car on doit tourner avec une centaine d’artistes habitués tout en essayant de laisser une place aux nouveaux. Il faut aussi préciser que lors d’une soirée, on fait en sorte d’avoir une certaine intelligence avec le line-up, en mélangeant des humoristes débutants avec d’autres qui sont plus rôdés.

A votre avis, quelle est la place du stand up aujourd’hui en Belgique? Est-ce que vous avez constatez une évolution ces dernières années?

Raph: C’est le jour et la nuit! Quand on a commencé il y a 5 ans, il y avait le Kings of Comedy Club qui existait déjà mais c’était le seul endroit où il y avait du stand up régulièrement. Il n’y avait pas grand chose pour faire plusieurs scènes pour des gens qui voulaient se lancer. A l’époque, il y avait donc peu d’humoristes qui se produisaient régulièrement. Aujourd’hui, il y en a au moins une centaine! Il y a beaucoup plus de spectacles et il y a plus de gens qui vont voir les spectacles. Maintenant, il y a aussi une grosse demande des établissements car ils remarquent qu’il y a de l’intérêt et puis les médias en parlent de plus en plus aussi. Et donc clairement il y a une recrudescence d’intérêt pour ce qu’on propose et c’est chouette.

La rémunération se fait au chapeau. C’est risqué. Pourquoi fonctionner ainsi et ne pas plutôt faire payer une entrée au public?

Rudy: C’est quelque part un peu historique. Quand on a monté le concept, on était peu crédibles du coup on ne pouvait pas demander aux gens de payer une entrée pour venir voir des inconnus. Aussi, le stand up n’était pas encore très développé à l’époque, beaucoup de gens ne savaient pas que ça existait et avaient du mal à s’imaginer ce que ça pouvait être. C’était donc plus intéressant de dire que c’est gratuit et que donc il n’y a rien à perdre en essayant. Au pire, les gens boivent des verres avec leurs amis dans le bar. Au début, c’était donc vraiment un argument commercial. Mais au fil du temps, on a remarqué que le public valorisait le travail et que la somme dans le chapeau était généralement équivalente à la qualité de la soirée.

Raph: Si on pouvait demander une entrée payante tout en faisant en sorte que toutes les soirées soient aussi remplies que les soirées à chapeau, ce serait avec plaisir parce qu’on veut payer les artistes un maximum. Mais les entrées payantes ont un effet dissuasif. Les gens ne vont pas payer 10 ou 15 euros pour voir 6 artistes qu’ils ne connaissent pas, même si le talent est là.

Rudy: Mais on ne s’arrête pas aux soirées à chapeau, on organise aussi des événements payants avec des humoristes qui ont des sketchs bien rodés. On propose d’autres choses. La soirée entrée libre c’est  surtout pour le public qui ne connaît pas le concept. Ca le pousse à essayer, à revenir régulièrement et à se dire qu’il aime bien tel ou tel artiste et que donc il dépenserait bien 20 euros pour aller voir son spectacle.

Vous ne donnez pas à l’avance les noms des humoristes qui se produisent sur scène? Est-ce qu’il y a une raison?

Rudy: C’est plus ou moins pour les mêmes raisons. Les gens ne sont pas censés venir voir un artiste en particulier mais plutôt venir découvrir. Par contre, on annonce les artistes pour les soirées payantes. 

Vous avez tous les 2 d’autres activités professionnelles à côté du What The Fun. Pourtant, ce projet doit vous demander énormément de travail et de temps… quelle est votre source de motivation pour continuer?

Raph: C’est chouette. C’est juste chouette. Ca demande du travail mais à chaque fois qu’on fait une soirée on se marre! Les gens qui vont venir et monter sur scène, ce sont nos potes et on se marre avec eux, comme on se marre avec les gérants des endroits où on se produit. Et puis, il y a un engouement autour du projet.

Vous avez plusieurs casquettes au What The Fun: maîtres de cérémonie, humoristes, organisateurs,... Qu’est-ce que vous préférez?

Raph: Ca dépend, chaque casquette a ses avantages et ses inconvénients. Le côté gestion est très valorisant car on prend les décisions et on a beaucoup d’influence. Mais il arrive que certains soirs l’un de nous ne s’occupe que de la musique par exemple et donc il y a moins le côté gloire de la scène.

Quand on se produit sur scène comme humoristes, c’est à double tranchant car quand on fait un passage et que ça cartonne, on est shooté, c‘est génial. Mais quand on fait un passage et qu’on se plante, c’est horrible. En tant que producteurs, on prend beaucoup moins de risques car si ça se passe mal on se dit juste qu’on devrait améliorer certaines choses, on ne vit pas ce moment gênant sur scène. Personnellement, j’aime les 3 fonctions mais j’apprécie particulièrement d’être maître de cérémonie car il y a un côté spontané et je ne dois pas spécialement préparer ou réfléchir à mon texte. Je vais juste monter sur scène et déconner avec le public, je sais d’avance que ça va bien se passer. Rudy et moi on vient du monde de l’improvisation ce qui fait qu’on est très à l’aise dans cet exercice.

Quels sont vos futurs projets pour le What the fun?

Raph: On en a beaucoup! On veut surtout se développer et faire encore plus de soirées même si à Bruxelles on en fait déjà pas mal. Sinon, on est aussi en train de voir comment augmenter le nombre de soirées en Wallonie. On aimerait que le What The Fun ait un pied d’accroche dans chaque grande ville wallonne.
Rudy: On va aussi organiser un “stand up sans frontières”. C’est un événement de scène avec des humoristes VIP qu’on va aller chercher en France, en Suisse et éventuellement au Québec pour se mélanger à nos artistes belges. Ce sera un événement plus dans le genre gala. Et en parlant d’événement, il y aura aussi le retour du “Grand Pestacle” en 2021. 

On prépare aussi une websérie qui va sortir en octobre en collaboration avec la RTBF. Ca s’appelle “Les anonymes”. Certains de nos humoristes ont participé à l’écriture et certains ont aussi participé au jeu.

Et bien sûr, on a encore notre vidéothèque d’humoristes qu’on diffuse sur Facebook et Instagram, qu’on va continuer à alimenter avec des extraits bien mis en scène de nos spectacles.

Vous ne connaissiez pas encore le concept? Alors n’hésitez pas à consulter leur calendrier pour connaître leurs prochaines dates de spectacle. On vous rappelle que vous n’avez rien à y perdre… 😉

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Julie Jandrain
  © Photo en-tête: Giacomo Kaswaba