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Le parcours créatif de Delphine Quirin

Modiste depuis bientôt vingt ans, Delphine Quirin chapeaute les têtes du monde entier depuis son atelier-showroom liégeois. Ses bonnets et chapeaux allient décontraction et élégance, tout en respectant les codes du « slow-fashion ». Rencontre avec une créatrice passionnée, pour qui la maille n’a pas de secrets.

Delphine Quirin - photo © Elodie Timmermans

Delphine Quirin – photo © Elodie Timmermans

Quel est votre parcours, en quelques mots ?
Delphine Quirin: J’ai toujours adoré coudre et j’aimais porter des chapeaux. À la fin de mes études d’Histoire de l’Art, j’ai suivi des cours de modiste, par amusement. Plus tard, j’ai commencé à faire des visites guidées, tout en créant des chapeaux. Je me suis lancée comme indépendante après quelques mois. Tout s’est enchaîné très vite: j’ai d’abord travaillé dans mon appartement, je faisais des chapeaux de cérémonie pour les particuliers. En 1998 j’ai eu ma première boutique. Plus tard j’ai installé mon atelier-showroom rue Pierreuse.

Quelles sont les différentes facettes de votre métier ?
D.Q.: C’est un métier très polyvalent, car il y a une différence entre « faire des chapeaux » et « vivre de faire des chapeaux ». Pour faire des chapeaux,  il faut effectivement un intérêt pour la création. À côté de ça, il y a tout l’aspect vente : faire découvrir son produit, savoir comment le positionner, comment le mettre en image, s’occuper de la comptabilité etc.

En 20 ans, certains de ces aspects ont-ils changé ?
D.Q.: Le métier a beaucoup évolué avec l’apparition d’internet. Avant, les produits parlaient pour eux-mêmes. Maintenant, l’image est très importante. Commencer sans site internet et visuels de la collection est impensable. Cet aspect des choses prend beaucoup de place. Je me fais aider, notamment pour l’administratif, mais je passe toutes les étapes en revue. Si j’avais dû tout assumer dès le début, ça aurait été très difficile.

Vos collections se vendent au Japon, aux États-Unis, au Mexique… Qu’est-ce qui vous a permis de vous ouvrir à l’international ?
D.Q.: C’est en 2000 que tout a changé, avec mon premier Salon à Paris. Depuis j’y suis retournée chaque année et petit à petit j’ai orienté mon travail vers une production, avec une vraie collection dans laquelle il y a répétition. Je ne fais plus que des collections hiver, et occasionnellement du sur-mesure. Aussi, je n’ai jamais démarché, ce sont toujours les acheteurs qui viennent vers moi. Comme à Paris où j’ai eu directement Le Bon Marché et Selfridge.

Selon vous, est-ce que le fait d’être belge est un atout dans le milieu de la mode ?
D.Q.: Il y a plusieurs avantages. D’abord, un capital sympathie : on est souvent perçus comme des gens sympas. Ensuite, dans le milieu du stylisme, les français connaissent généralement bien la Belgique. Après, les Japonais apprécient particulièrement le travail des stylistes belges, qui bénéficient de la renommée des écoles de mode de Bruxelles et Anvers. Donc c’est positif.

Quelles sont les principales difficultés de produire uniquement en Belgique ?
D.Q.: Il n’y a plus vraiment d’ateliers. Un client m’a déjà demandé énormément de pièces et j’ai dû refuser. A un moment donné, je ne me suis plus retrouvée dans cette ascension, car ce n’était pas prévu, je n’étais soutenue par aucun plan financier. J’ai vu mes limites et, le plus important, c’est que j’aime fabriquer mes chapeaux. J’ai tendance à préférer diminuer qu’agrandir, pour devenir plus créative. A l’époque cette envie n’a pas forcément été comprise. Aujourd’hui, les gens veulent savoir d’où vient le produit. L’artisanat est mis en valeur et respecté. L’autre difficulté, c’est de garder un équilibre. L’avantage, c’est que je fabrique ce que je vends, je ne suis pas obligée d’avoir du stock.

Quelles sont vos inspirations pour les nouvelles collections ?
D.Q.: Comme j’ai étudié l’Histoire de l’Art, je pars souvent de tableaux. Et puis je ne patronne pas. Je préfère partir de la matière, faire selon les contraintes techniques et voir ce que je peux faire avec. Ça m’oblige à être créative ! Avec la maille, on part d’un fil pour inventer des motifs, construire du début à la fin. En plus, avant on devait choisir entre le chapeau élégant ou le bonnet pratique. À partir du moment où j’ai montré que les bonnets pouvaient être élégants, j’ai trouvé une nouvelle voie.

En attendant l’ouverture du showroom en décembre (du 04/12 au 24/12), les modèles sont disponibles sur l’e-shop

Julie Lemaire