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Interview: Lubiana nous présente son premier EP

Photo de couverture: © Nicolas Wagner

A tout juste 26 ans, Lubiana est loin d’être une petite nouvelle dans le paysage musical belge. Révélée au grand public dans la première édition de The Voice Belgique en 2011, elle nous revient aujourd’hui avec un premier EP éponyme qui mêle des sonorités pop, jazz et soul à ses racines africaines. 

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Lubiana en a fait du chemin depuis son passage sur nos petits écrans, il y a maintenant neuf ans. Et si elle en est là aujourd’hui, c’est notamment grâce à 

son rapprochement avec ses racines et à la découverte de son instrument fétiche, la kora. Son premier EP, sorti le 24 avril, est le résultat de cette quête intérieure qui lui a permis de se trouver mais aussi d’apprendre à s’aimer. Un album et surtout une artiste, à découvrir sans attendre!

Tu as commencé à faire de la musique très jeune. Est-ce que cela a toujours été évident pour toi que tu voulais suivre cette voie?

“Dans la famille du côté de ma maman, la tradition veut qu’à 8 ans les enfants puissent choisir un instrument de musique. Du coup, c’est à cet âge-là que la question s’est posée pour moi, lorsque ma maman m’a demandé de quel instrument j’avais envie de jouer et que j’ai choisi le piano.

C’est à ce moment-là que j’ai commencé la musique mais je n’avais pas forcément une grande passion pour ça, cette vocation est venue plus tard. Je chantais beaucoup et je disais que je voulais devenir chanteuse, mais un peu comme beaucoup de petites filles à cet âge. Il n’y avait pas vraiment de grande réflexion derrière. 

Par contre, c’est vrai que je me suis vite rendue compte que l’art me plaisait. J’ai toujours plus ou moins su que je voulais faire quelque chose en rapport avec l’art, en rapport avec la créativité, parce que c’est là que je me sentais le plus en harmonie avec moi-même”.

Tu as été révélée dans la première édition de l’émission The Voice Belgique. Qu’est-ce qui t’a poussé à y participer?

“Je crois que mon père avait vu la pub à la télévision. C’était la première édition donc j’avoue que je ne savais pas trop ce que c’était. C’était juste un concours de chant pour moi. Pour tout vous dire, je ne savais même pas qu’il fallait choisir un coach donc ce n’était vraiment pas quelque chose de conscient, quelque chose de stratégique. J’avais 17 ans, je venais de finir mes secondaires et j’allais rentrer au Conservatoire donc à ce moment-là je savais que je voulais faire de la musique professionnellement. J’en étais au tout début, j’étais à la jeunesse de mon chemin.”

Par contre, c’est vrai que je me suis vite rendue compte que l’art me plaisait. J’ai toujours plus ou moins su que je voulais faire quelque chose en rapport avec l’art, en rapport avec la créativité, parce que c’est là que je me sentais le plus en harmonie avec moi-même”.

Est-ce que tu regrettes d’avoir participé à l’émission? Ou est-ce qu’au contraire tu considères que cela a été une expérience positive?uivre cette voie?

“De base, je suis quelqu’un qui ne regrette pas les choses car je pense que la vie est une école. Tout ce qui arrive, positif ou négatif, va t’apprendre quelque chose. Donc, je ne regrette pas du tout cette émission. Au contraire, je suis très contente de l’avoir faite parce que ça m’a appris énormément de choses. Tout comme mes cours de piano à 8 ans m’ont appris beaucoup de choses. Pour moi, c’est une étape de ma vie qui a duré quelques mois et qui a été médiatisée. Mais c’est une étape parmi tant d’autres.”

© Nicolas Wagner

Tu as eu l’occasion de collaborer avec de grands noms de la musique aux Etats-Unis, comme par exemple le producteur Om’Mas Keith. Peux-tu nous parler de cette période?

“A cette période, j’avais déjà découvert la kora et j’étais sur un chemin où je me sentais de plus en plus dans ma vérité. J’avais envie d’aller à Los Angeles parce que je ne connaissais vraiment personne là-bas et que je n’y étais jamais allée. Je jouais tous les soirs dans des bars. Au début, ce n’était vraiment pas facile car je jouais à 2-3 heures du matin devant environ 3 personnes (Rires). Et puis, petit à petit, les gens ont entendu parler de moi avec les réseaux sociaux et j’ai été contactée par un ingé son qui m’a ensuite présenté à des producteurs. Ils ont adoré ce que je faisais et ont voulu collaborer avec moi. Donc, pendant plusieurs mois, j’ai passé mes journées à être en studio avec eux pour enregistrer.

C’était super enrichissant et super challengeant aussi parce que j’ai découvert des sessions qui duraient de une heure de l’après-midi à quatre heures du matin sans presque manger. Je me suis rendue compte qu’il y avait des gens qui bossaient vraiment encore beaucoup plus que moi donc je me suis dit qu’il fallait que j’augmente encore plus mon éthique de travail.”

Tu as eu des opportunités aux Etats-Unis. Pourtant, c’est en France que tu as décidé de signer. Pourquoi?

“J’ai eu une proposition de contrat aux Etats-Unis, oui. Mais j’ai aussi eu une proposition en France, du label de Pascal Nègre. Pour moi, un contrat c’est comme un mariage. Il est donc important de savoir avec qui tu le signes et à Paris, j’ai senti que je gardais ma liberté complète. J’ai senti que j’étais face à un label qui me poussait, m’accompagnait et c’est pour ça que j’ai signé en France. Ce n’était pas tellement important pour moi de signer aux Etats-Unis parce que c’était les Etats-Unis. J’ai plutôt signé pour l’humanité qu’il y a derrière l’équipe.”

Comment décrirais-tu ton univers musical aujourd’hui?

“Je définirais ma musique comme un voyage. On y trouve énormément de couleurs et de mixité. ça va de la pop, au jazz, à la musique afro. Je pense qu’elle est le résultat d’un voyage qui a commencé à l’intérieur de moi, d’une quête intérieure et puis que ça s’est ouvert vers les autres. Je dirais que j’amène les gens à travers mon EP et le live à un petit peu perdre la connexion temporelle et voyager.”

Ton premier EP éponyme vient de sortir. Nous imaginons que si tu as décidé de lui donner ton nom, ce n’est pas anodin… Est-ce que l’on peut dire que c’est parce qu’il te ressemble?

“Oui, on peut dire qu’il me ressemble. Mais Lubiana ce n’est pas juste mon prénom, ça veut aussi dire « la bien aimée ». 

Je ressentais le besoin de me sentir vue, de me sentir aimée. Et puis, petit à petit, quand j’ai découvert mon instrument qui s’appelle la kora, quand je me suis rapprochée de mes racines africaines, de mon métissage, j’ai appris à m’aimer. C’est là que j’ai écrit ce premier titre qui s’appelle « Self Love » et qui parle d’amour de soi, qui parle de se détacher du regard des autres. C’est toute cette quête qui m’a amenée à pouvoir écrire ces morceaux et pouvoir aujourd’hui être dans le partage. 

Ma vision a changé. Au début, j’étais là parce que j’étais un peu paumée et puis petit à petit, en me trouvant, en apprenant à m’aimer, j’ai senti que c’était important pour moi de partager ce voyage et de permettre à toutes les personnes qui m’écoutent de faire ce voyage aussi si elles le souhaitent.”

C’est un mini album composé de 5 titres, mais avec des ambiances très variées. Est-ce que c’était voulu?

“L’album est assez varié oui, mais ce n’était pas voulu, ce n’était pas conscient. J’aime ce rapport à la musique qui est presque transcendantal. Quand je compose, j’oublie le mental et je laisse juste venir les influences, les mots, les sons… Je suis issue de la mixité, je suis à moitié belge et à moitié camerounaise et j’ai aussi énormément voyagé. Donc, les sons sont venus à moi de façon assez naturelle. Je ne me suis pas tellement posée cette question de varier les ambiances, de faire des titres différents. Pour moi, tout ça fait partie d’un même voyage, qui est forcément parsemé de différentes couleurs. Mais c’est toujours dans un désir d’authenticité et de spontanéité.”

Dans cet EP, on peut t’entendre jouer de la kora. Tu joues de plusieurs instruments mais tu as un rapport particulier avec celui-ci. Peux-tu nous en dire plus?

“La kora est un instrument qui vient d’Afrique de l’Ouest et qui est traditionnellement uniquement joué par des hommes. Ce sont les griots qui jouent de la kora. Elle sert à accompagner les chants spirituels, à accompagner les rites. 

Au final, j’ai découvert cet instrument il n’y a pas si longtemps. C’était il y a 5 ans, au travers d’un rêve. Cela m’a fait me rapprocher de mes racines africaines. Pour moi, c’est plus qu’un simple instrument, c’est mon âme soeur. 

On ne sait pas d’où il vient. Il y a plusieurs légendes dont une qui raconte que c’était initialement l’instrument d’une femme génie en Afrique de l’Ouest et qu’un guerrier a entendu le son de la kora, en est tombé amoureux, et l’a dérobée à cette femme… qui cherche maintenant son instrument depuis des siècles et des siècles. 

Il y a quelque chose de très mystique et de très ancestral dans la culture africaine. Depuis petite, j’ai baigné dans un enseignement très classique avec le solfège et des cours bien cadrés. Le fait de me détacher de ce côté un peu académique m’a permis de me rapprocher de quelque chose de plus organique, de plus direct à la musique.”

Alors que beaucoup d’artistes ont décidé de repousser la sortie de leurs albums, singles,... à cause du confinement, toi tu as fait le choix de le sortir malgré tout. Peux-tu nous expliquer ce qui a motivé cette décision?

“Evidemment, quand le confinement est arrivé c’est une question qui s’est très vite posée. Pour moi, il était important que les gens aient accès à l’évasion, aient accès à l’art. Je pense que la situation est compliquée et je pense qu’en tant qu’artiste, on a cette chance de pouvoir partager et de pouvoir permettre aux gens de s’évader. 

Moi, je sais que pendant le confinement, j’ai eu besoin d’art. J’ai eu besoin de regarder des films, des séries, de lire des livres, d’écouter de la musique. Le confinement aurait vraiment été très dur si j’avais été coupée de tout ça. C’est pour cette raison que j’ai décidé de sortir l’EP malgré tout. J’espérais pouvoir apporter un peu d’évasion dans le quotidien des gens et je me suis dit qu’il ne fallait pas que je pense uniquement à mon désir en tant qu’artiste de pouvoir directement être en plateau, sur scène,.. mais que je pense aux autres parce que c’est pour ça qu’à la base je fais de la musique, c’est pour être dans le partage. D’ailleurs, je ne le regrette pas du tout parce que je vois que j’ai de très bons retours et je suis très très heureuse de pouvoir faire du bien autour de moi.”

Du tac au tac

Ton chanteur / chanteuse belge préféré(e) ?

Stromae

Ta chanson préférée?

In a sentimental moods

Un festival belge où tu aimerais chanter?

Couleur Café

Ta bière préférée ?

Ah, je ne bois pas d’alcool, sorry! 

Frites ou chocolat ?

Chocolat!!!! (Rires)

Ta ville préférée en Belgique?

Bruxelles

L’expression belge que tu utilises le plus ?

Allez dis!

Envie de voyager dans l’univers de Lubiana? Son EP est dès à présent disponible sur les plateformes de streaming et de téléchargement.

Vous pouvez la retrouver : 

Facebook – Instagram – Youtube – Spotify

Julie Jandrain