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« Your culture, our future », lettre ouverte du secteur culturel aux dirigeants du pays

"UN FONDS FÉDÉRAL POUR LA CULTURE? "PAS URGENT"?"

Vous trouverez ci-dessous la lettre ouverte aux dirigeant.e.s de notre pays pour dénoncer la situation extrêmement dramatique que connaît aujourd’hui et que connaîtra dans le futur la «vie culturelle vivante» belge.

Cette lettre ouverte se veut fédératrice des 1000 métiers qui font l’existence et la richesse de notre paysage culturel, aussi divers qu’il soit. Le texte a pour vocation de parler au nom de l’ensemble des travailleurs et des travailleuses du métier, que nous soyons connu.e.s ou inconnu.e.s.

Lettre ouverte

J’ai l’honneur d’être un travailleur, une travailleuse anonyme, une personne dont vous n’avez jamais entendu parler et qui ne doit exister à vos yeux que pour que vous ayez le bonheur d’assister à un événement, quel qu’il soit : un concert, un one man show, un one woman show, un festival de musique, un festival littéraire, un salon de l’auto ou des vacances, une fête d’entreprise, une remise de prix, une conférence, une inauguration, un film dans un cinéma, un mariage, une communion, un événement sportif, une émission de télé, …


Je suis tous les métiers qui gravitent dans le paysage artistique, culturel et technique de ce secteur d’activité que l’on appelle l’événementiel, je travaille dans l’ombre et je n’ai pas de visage connu.

 

Je suis la productrice, le promoteur, l’agent d’artiste, le booker, la maison de disques, l’attachée de presse, la gestionnaire de salle, l’agent de sécurité, le vendeur de ticket de concert ou de festival, l’agence de communication On et Off-line, l’animatrice radio, le sponsor, la régisseuse, la technicienne, le cinéaste, l’intermittente du spectacle, l’organisatrice de festival, le fournisseur audio-visuel – de scène – de toilette – d’énergie – de container – d’engin de levage – d’accès internet – de barrière, le tentiste, le traiteur, le foodtrucker, la riggeuse, le backliner, l’habilleuse, le barman, l’hôte d’accueil, la colleuse d’affiche, le nettoyeur, l’hôtelier, la chauffeuse de tourbus, le transporteur, le réalisateur, la scénographe, la guide culturelle, l’animateur de conférence, l’organisateur de soirées dansantes, l’éditrice, la photographe,…

 

J’en suis aussi toutes les facettes visibles, celui ou celle que tout le monde connaît et qui entre dans la lumière, je suis l’artiste de scène.

 

Je suis la chanteuse, le DJ’s, la musicienne, l’auteur-compositeur, l’artiste de rue, le circassien, la danseuse, le chef d’orchestre, la chroniqueuse radio, l’auteur, l’humoriste…

 

Toutes et tous, nous sommes au coeur de la vie culturelle vivante belge, à travers ses concerts, ses spectacles et ses festivals, ses événements privés ou publics. Nous sommes les acteurs et les actrices d’un secteur d’activité aux 1000 métiers, non-subventionnés pour la plupart, sans code NACE précis ni commission paritaire déterminante. Nous sommes ceux et celles dont on ne parle pas.

 

D’ici peu, nos métiers auront disparu. Parce que tous ceux et celles qui, de l’idée à la facture, œuvrent dans l’ombre ou dans la lumière pour rendre un événement, quel qu’il soit, possible et réel, auront disparu. Les conséquences économiques de la crise que nous traversons sur les acteurs et les actrices du secteur sont déjà dramatiques. Dans le futur, l’impact et le rayonnement social et économique de notre disparition sera énorme pour l’image du paysage bruxellois, flamand, wallon, du paysage belge.

 

Notre réalité aujourd’hui est la suivante : nous entendons les mots « déconfinement », « relance », de l’activité, de l’économie, de la vie. Pourtant, la crise n’est pas finie pour nous et chaque jour apporte son lot de nouvelles annulations et reporte la date du premier concert ou du premier événement public non pas de quelques semaines mais de plusieurs mois.

 

Pour que nous puissions nous aussi parler de relance, il faut bien sûr que la situation sanitaire le permette. Mais il ne s’agit pas uniquement d’une question d’autorisation ou d’interdiction. Il faut aussi, surtout, que les opérateurs et les opératrices économiques du secteur soient encore debout et que le public réponde à nouveau présent.

 

Aujourd’hui, les événements et festivals sont annulésles salles de spectacle sont désertées, les dates sont parfois reportées, le plus souvent annulées. Les organisateurs et les organisatrices ne prennent plus le moindre risque et ne programment plus rien.

 

Demain, le public n’aura pas les moyens d’aller se cultiver, que ce soit par peur de la maladie ou pour des questions d’ordre financier. Plus aucune place ne se vend ni ne se vendra tant que le public ne pourra pas croire en cette reprise, tant qu’ils n’aura pas repris confiance dans le pouvoir de la vie. Or si nos métiers vivent c’est aussi, surtout, grâce au public.

 

Nous, les 1000 métiers de l’événementiel, sommes à l’arrêt total depuis le 10 mars et nous ne voyons pas se profiler à l’horizon la moindre date fiable et réaliste d’une reprise d’activité. Beaucoup de route reste à parcourir avant que des salles de spectacle ne se remplissent à nouveau, beaucoup de jours avant que nous ne proclamions ouvertes les portes d’un événement public ou privé de plus de 250 personnes, sans aucune restriction venant entacher l’expérience du public.

 

Nous avons peur. Pour nous. Pour nos métiers. Pour nos partenaires. Pour nos sous-traitant.e.s. Pour nos travailleurs et nos travailleuses de l’ombre et de la lumière.

 

Nous avons peur. Pour l’identité culturelle de notre pays. Pour l’aura de Bruxelles, de la Flandre, de la Wallonie, de la Belgique dans le paysage musical et événementiel international. Pour l’image de nos villes, au national comme à l’international.

 

Nous ne baissons pas les bras et sommes conscient.e.s et convaincu.e.s que vaincre le COVID-19, c’est aussi penser à tout un secteur d’activité économiquement lourd afin que la maladie n’ait pas bel et bien raison de nous. Car, quand le public aura les moyens de se reconnecter à une vie culturelle, dans un an selon les pronostics les plus réalistes, nous n’aurons pas survécu à cela.

 

Et lorsque nous ne serons plus là, qui fera vivre vos villes ? Qui animera vos soirées de gala ? Qui illuminera vos rues ? Qui vous fera chanter et danser ? Qui vous fera rêver? Qui ?

 

Pour éviter ce naufrage, nous vous demandons de considérer les points de soutien économique suivants : 

 

→ Pour les travailleurs et les travailleuses du secteur, tous métiers confondus.

  1. La revalorisation du droit passerelle et la prolongation de celui-ci pendant toute la période d’arrêt de l’activité pour les indépendant.e.s du secteur.
  2. L’annulation des cotisations sociales de 2020 et non le report de celles-ci en 2021 pour les indépendant.e.s du secteur. Payer le double des cotisations sociales en 2021 n’est pas une mesure réaliste de soutien des indépendant.e.s et donc des PME.
  3. La revalorisation des barèmes du chômage temporaire pour force majeure ou pour raison économique.
  4. Des mesures de soutien pour les intérimaires du secteur dits les intermittent.e.s du spectacle. Leur situation était précaire hier. Elle est catastrophique aujourd’hui.
    1. Paiement par l’ONEM des contrats intérimaires annulés suite à la crise, même pour les contrats uniquement couverts par une période de chômage temporaire,
    2. Gel des périodes de référence pour l’ouverture du droit aux allocations de chômage complet indemnisé et pour l’octroi du statut d’artiste et gel de la dégressivité des allocations de chômage pendant toute la période d’arrêt de l’activité,
    3. Une indemnité forfaitaire de base pour ceux et celles n’ayant jamais ouvert de droit au chômage par le passé.
  5. Un gel des remboursements des crédits hypothécaires individuels

L’objectif pour les travailleurs et pour les travailleuses du secteur est de survivre financièrement à cette crise avec un revenu minimum acceptable.

 

→ Pour les entreprises du secteur :

  1. Un scanning des acteurs et des actrices du secteur non pas sur base des codes NACE ou de la commission paritaire uniquement mais aussi sur base des références passées.
  2. La prolongation du recours au chômage temporaire pour force majeure à minima jusqu’en mars 2021, pour les employé.e.s des entreprises du secteur et prise en charge par le gouvernement des pécules de vacances et des congés payés des employé.e.s et des intérimaires.
  3. Une aide pour le paiement des frais induits par la crise sanitaire :
    1. prise en charge des frais de billetteries liés au remboursement des tickets,
    2. prise en charge de la recette de billetterie perdue liée au remboursement de tickets au public, dans le cas des événements reportés,
    3. prise en charge des frais liés aux reports ou annulation d’un spectacle,
    4. réduction via un subside des prix de location des salles et remboursement via un subside également de l’acompte dans le cas de l’annulation d’un spectacle.
  4. Une aide pour le paiement des frais fixes des sociétés :
    1. couverture des frais fixes de la société par un subside,
    2. annulation de la TVA due pour l’année 2020,
    3. gel des remboursement des prêts professionnels,
    4. gel de leasing, financement, assurance entre autres des véhicules et matériels non utilisés pendant toute la durée de l’arrêt de l’activité.
  5. Une révision de l’octroi de primes de soutien en fonction de la durée de la crise et de l’impact de celle-ci sur l’entreprise concernée et une individualisation des primes en fonction des personnes, des sociétés, des structures, … Une prime d’une valeur unique ne peut pas être la réponse universelle pour toutes les composantes du secteur,
  6. Création d’un fond spécial d’indemnisation du secteur culturel/événementiel financé par la déductibilité fiscales des dons en personne physique ou des entreprises ou par des mécanismes tels que le tax shelter.
  7. L’extension des mesures de carry back applicables dans le secteur de l’agriculture aux entreprises du secteur culturel.
  8. Étudier la mise en place d’un agenda de relance pour l’ensemble du secteur et des lieux de spectacle.
  9. Création d’un fond de soutien via l’état fédéral et les régions pour assurer les événements contre les risques d’annulation ou de suspension liés au Coronavirus

L’objectif pour les sociétés étant de geler les dépenses tant qu’une reprise de l’activité sans restriction n’est pas possible.

Lors de la relance, nous souhaitons être concertés pour étudier ensemble les divers aspects de soutien aux secteurs pour que les entreprises puissent redémarrer de façon efficace et productive.